Hannibal Barca, le général qui a inventé la stratégie militaire et qui a terrorisé Rome

Hannibal Barca, le général qui a terrorisé Rome
Hannibal Barca, le général qui a terrorisé Rome
Hannibal, le père de la stratégie militaire
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Hannibal Barca, le général qui a inventé la stratégie militaire et qui a terrorisé Rome

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Hannibal est l'un des généraux les plus connus de l'Antiquité. Il est surtout connu pour son exploit : avoir envahi le territoire romain en faisant passer son armée et ses éléphants à travers les Alpes. Sa carrière militaire a aussi eu un impact géopolitique sur toute la Méditerranée.

Il est le général le plus craint de l’Antiquité et le père de la stratégie militaire. Véritable mythe, Hannibal Barca a terrorisé  Rome en franchissant les Alpes avec son armée et ses éléphants. Une épopée militaire qui paraît encore inconcevable 2 000 ans plus tard.

Hannibal est un général de Carthage, la cité rivale de Rome. Il est né vers 247 ans avant Jésus-Christ. Il est le fils d’Hamilcar, un autre grand militaire qui a défié Rome lors de la première guerre punique, le nom qu’on donne aux guerres entre Carthage et Rome.

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Hannibal est élevé dans la haine et le ressentiment envers Rome et il ne rêve que de revanche. Il dirige une partie de l’armée carthaginoise en Espagne. Le jeune général est très apprécié de ses soldats. Il combat avec eux sur le front.
Hannibal signifie “qui a la faveur de Baal”, une divinité importante pour les Carthaginois. Quant à Barca, c’est la foudre.

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28 min

Carthage versus Rome

Pourquoi Rome et Carthage sont-elles en guerre ? Nous sommes en -219, Hannibal est un jeune général de 28 ans qui n’a pas encore croisé le glaive avec les Romains.

Rome et Carthage sont dans une paix relative depuis la fin de la première guerre punique, qui s’est terminée par la défaite de Carthage, vingt ans plus tôt. Les Carthaginois sont animés par un esprit de revanche.

Thierry Piel, historien, explique que "la fin de la première guerre punique, c’est surtout une grande claque que s’est prise Carthage qui a dû abandonner la position dominante qu’elle avait en Méditerranée occidentale. Elle était particulièrement présente en Sardaigne et en Sicile."

Rome est encore une république. Elle étend ses conquêtes au nord de l’Italie. Sur le plan militaire, elle a la maîtrise de la mer. En face, Carthage est une cité prospère qui cherche à étendre son influence de l’autre côté de la  Méditerranée et notamment en Espagne.

C’est là que la guerre éclate, lorsque Hannibal entreprend le siège de la ville de Sagonte. "Les habitants de Sagonte se sont placés sous la 'fides' de Rome", rappelle Thierry Piel, "c’est-à-dire sous la protection de Rome. À partir du moment où vous êtes sous la protection de Rome, Rome est censée vous défendre. Ça veut dire que si vous attaquez Sagonte, c’est comme si vous attaquiez Rome."

La deuxième guerre punique est déclarée et Hannibal va surprendre les Romains avec l'un des mouvements tactiques les plus audacieux de l'histoire.

Un éléphant dans la montagne, ça trompe énormément

Imaginez une armée de 60 000 hommes avec des dizaines d'éléphants qui traverseraient les  Alpes, en plein hiver. C’est le coup de poker incroyable qu’Hannibal décide de jouer. Il sait que les Romains ont la maîtrise des mers, alors il choisit un chemin plus périlleux et plus long : 1 500 km de l’Espagne jusqu’à la péninsule italienne, en passant par la Gaule, avec de nombreux obstacles naturels.

Il prend de court les Romains en attaquant en plein hiver, alors que les légions romaines sont habituées à faire la guerre en été. En passant par la Gaule, Hannibal a une stratégie derrière la tête : rallier les peuples sur son passage contre Rome, ce qu’il ne réussit que partiellement.

Mais cette traversée à marche forcée dans le froid a un coût terrible pour son armée : en quelques mois, il perd plusieurs milliers d'hommes et un tiers de ses éléphants. Selon Thierry Piel, "on raconte des histoires assez pittoresques parce que les éléphants sont censés avoir peur, il n’y a pas de pont sur le Rhône évidemment, donc on crée des sortes de grands radeaux avec de l’herbe pour faire croire aux éléphants qu’ils sont toujours sur le continent… Ce qui est certain, c’est qu’ils sont passés."

On ne sait toujours pas quel trajet exactement a emprunté Hannibal. Le tableau du peintre David représente le passage de  Bonaparte par le Col du Grand-Saint-Bernard, durant sa campagne d’Italie. Si vous regardez bien, vous verrez le nom d'Hannibal en bas du tableau. Mais ce point de passage est jugé hautement improbable, selon les historiens, car beaucoup trop au nord.

Quoi qu'il en soit, Hannibal est désormais en Italie et il va montrer à quel point il est un brillant tacticien.

1h 02

Un fin stratège à l’origine du "blitzkrieg"

Comment Hannibal a réussi à vaincre les Romains, deux fois plus nombreux ? Hannibal innove une stratégie militaire très moderne : le "Blitzkrieg", ou guerre-éclair, "il frappe, il surprend, il prend même le contrepied du dispositif romain", explique Thierry Piel.

Hannibal et ses troupes se déplacent vite. Il peut compter sur une cavalerie importante, bien plus nombreuse que la cavalerie romaine.

Son atout, selon Thierry Piel, c'est qu'il a "une grande diversité de types de soldats, beaucoup plus que dans l’armée romaine, ce qui peut donc permettre des combinaisons plus complexes, plus savantes. Un des talents d’Hannibal, c’est sa capacité à bien cuisiner tout ça et à en faire un outil guerrier qui peut déstabiliser les Romains."

Hannibal et son armée enchaînent les embuscades et les victoires d’ampleur à un contre deux. Il surprend les Romains, en plaçant son infanterie lourde en première ligne, ou en dissimulant des troupes dans le brouillard.

Sa victoire à la bataille de Cannes, (la ville italienne, pas la française), est un chef-d'œuvre tactique encore enseigné aujourd’hui dans les écoles militaires : il place ses unités les plus faibles au centre de son dispositif, poussant les Romains à l’attaquer à cet endroit précis. Mais en un instant, il parvient à les déborder sur leurs flancs et à les encercler. L’armée romaine est en pleine débâcle. Hannibal n’a plus qu’à s’emparer de Rome.

La fin d’Hannibal et la chute de Carthage

Comment Hannibal a été vaincu si près du but ? On est en 212 avant J.-C., Hannibal et son armée sont en territoire latin depuis plusieurs années. Le général carthaginois sait qu’il n’a pas les moyens d’assiéger Rome. La ville est protégée par une solide enceinte de 11 km de long.

Il s’installe avec son armée à Capoue, l’une des cités italiennes qui se sont ralliées à lui. Mais les renforts lui manquent. Rome, en comparaison, dispose d’un énorme réservoir d’hommes mobilisables.

Thierry Piel explique que "Carthage ne peut pas soutenir son général, il reste donc coincé et les Romains sont malins, ils refusent de livrer des batailles contre Hannibal. Donc, on est dans une sorte de grignotage territorial, mais là, le temps travaille contre Hannibal et pour Rome."

Parallèlement, les Romains, menés par Scipion l’Africain, ont ouvert deux nouveaux fronts en Espagne et en Afrique. La roue est en train de tourner pour Hannibal. Le coup de grâce a lieu en 202 avant J.-C. à la bataille de Zama où l’armée d’Hannibal est anéantie. Le général de Carthage s’exile en Orient, où il finira par se suicider.

La deuxième guerre punique est terminée après 18 ans de combat. Rome sort une fois encore renforcée, avec des visées impérialistes plus fortes que jamais.

Selon Thierry Piel, “les Romains ont eu chaud. En effet, les Romains vont souvent avoir une attitude de 'si tu veux la paix, prépare la guerre' et qu’il vaut mieux écraser et dominer son proche étranger pour être certain de ne plus connaître ce qui s’était passé, et cette hantise de l’invasion.”

Il y aura encore une guerre punique, la troisième et dernière, en 146 avant J.-C., soit 35 ans après la mort d’Hannibal. Les Romains débarquent à Carthage et mettent à sac la ville.

Un mythe intemporel

Le choix de l’acteur américain Denzel Washington pour incarner le général Hannibal dans un biopic produit par  Netflix a suscité une importante polémique en  Tunisie, où se situent les ruines de l’antique cité de Carthage.

Pour beaucoup de Tunisiens, Hannibal n’était pas noir. La preuve ? Le buste qui figure sur billet de 5 dinars tunisien. Thierry Piel, relativise : "Quelle tête avait Hannibal ? Surtout pas le buste bien connu qu’on montre souvent et qui est conservé à Naples aujourd’hui, qui n’est absolument pas Hannibal, c’est une légende urbaine qui remonté déjà à pas mal de temps. Aujourd’hui, on n’a pas une vraie idée de la tête qu’avait Hannibal."

Tout ce qu’on sait, c’est que les Carthaginois étaient d’origine phénicienne. La Phénicie, c’est ce territoire qui correspondrait à peu près au Liban aujourd'hui. Cette polémique montre qu’Hannibal est encore un sujet politique plus de 2 200 ans après sa mort.

La figure du général carthaginois a aussi servi la propagande fasciste en Italie dans les années 30 avec ce film “Scipion l’africain”, directement commandé par  Mussolini. Le film met en scène le général romain Scipion qui s’oppose à Hannibal. Il fait écho à l’engagement des troupes italiennes en Éthiopie à la même époque.

Dans ce film, les Carthaginois sont dépeints comme des barbares et les légionnaires romains comme les valeureux ancêtres des fascistes italiens. D’ailleurs beaucoup de figurants du film sont de vrais soldats.

L'Invité(e) des Matins
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