Irlande, "Réunification" : épisode • 6 du podcast Les termes du débat européen

L'actuelle Première ministre de l'Irlande du Nord, Michelle O'Neill, au sein d'une manifestation contre le Brexit, le 26 janvier 2019 ©AFP - Paul Faith
L'actuelle Première ministre de l'Irlande du Nord, Michelle O'Neill, au sein d'une manifestation contre le Brexit, le 26 janvier 2019 ©AFP - Paul Faith
L'actuelle Première ministre de l'Irlande du Nord, Michelle O'Neill, au sein d'une manifestation contre le Brexit, le 26 janvier 2019 ©AFP - Paul Faith
Publicité

Le samedi 3 février, la républicaine issue du Sinn Féin Michelle O'Neill a été élue première ministre en Irlande du Nord. Militante pour une Irlande réunifiée, son arrivée marque une nouvelle ère. Qu'est-ce que cette élection implique ? Comment résonne-t-elle en République d'Irlande ?

Avec
  • Michael Cronin Écrivain, essayiste, universitaire à Trinity College
  • Fiona MacCan Professeure de littérature post-coloniale, spécialisée en littérature et culture irlandaise à l'université de Lille

Il y a deux semaines, le samedi 3 février, Michelle O’Neill est devenue "First Minister" de l’Irlande du Nord. C’est la première fois qu’une membre du Sinn Féin, le parti républicain et catholique irlandais, gouverne à Belfast, ouvrant par là la voie à une réunification des deux Irlande.

Tous les observateurs s’accordent cependant pour dire que cet idéal d’une Irlande réunifiée doit être prudemment avancé pour éviter le sort des Écossais qui auraient trop rapidement préconisé leur indépendance vis-à-vis de l’Angleterre.

Publicité

Mais pour une réunification, il faut être deux. Qu’en pense-t-on à Dublin et ailleurs en République d’Irlande, dont l’insolente bonne santé économique de ces dernières années a été contrebalancée par une augmentation du coût de la vie et du logement, qui sont une priorité pour la population irlandaise ?

CulturesMonde
57 min

Les histoires nationales, un frein à la réunification ?

Michael Cronin : "La grande problématique actuellement, c'est que ces deux parties de l'île ont eu des expériences historiques assez différentes depuis la division de l'île. La Seconde Guerre mondiale est une période très marquante pour beaucoup de gens en Irlande du Nord. Parce que l'Irlande du Nord, faisant partie du Royaume-Uni, participait à la guerre, mais la République est restée neutre. Donc, l’idée avec la réunification, c'est aussi de rattraper cet écart historique entre les deux parties. Il y aura tout un travail pour essayer de réconcilier deux expériences très différentes. Mais je ne dirais pas que c'est un travail impossible".

Pour Fiona MacCan, la réunification peut se présenter comme une occasion de redéfinir un pacte social : "Je pense que c'est important aussi d'avoir en tête que peu de pays ont l'occasion, 100 ans après l'indépendance, de repenser leur système de santé, d'éducation ect. Une des manières d'aborder cette question, c'est de voir ça comme une chance. Il faut voir aussi que la République d'Irlande n'était pas un pays merveilleux pendant plusieurs décennies, notamment pour les femmes, mais pas uniquement, pour plein de minorités. Donc les groupes de citoyens qui travaillent sur cette question de réunification ont conscience de la difficulté que nous allons avoir à réconcilier ces différentes mémoires, mais ils sont animés par la conviction qu'il faudrait les faire vivre ensemble. Et peut-être qu'on irait plutôt vers une Irlande fédérale dans un premier temps où la place des unionistes serait préservée".

4 min

L’enjeu du gaélique irlandais

Michael Cronin : "Ce qui est en jeu, c’est l’identité écologique de l’île. La langue gaélique, qu'on parle sur l'île depuis deux mille ans et plus, a décrit toutes les parties du pays, les plantes, les fleurs, les arbres qui poussent sur l'île, c'est une sorte de description détaillée de la nature écologique de l’Irlande. Donc, il y a un renouveau de l’intérêt auprès des jeunes pour cette langue que qu’ils considèrent un petit peu comme une langue de l'avenir. Parce que l'avenir de l'île dépend aussi de la souveraineté écologique. On observe un changement de la vision de la langue, autrefois considérée comme le symbole nationaliste par excellence. C'était lié au passé, à un certain atavisme socioculturel".

Fiona MacCan : "Oui, et justement, en Irlande du Nord, ce qui est vraiment intéressant, c'est ce même essor pour la langue irlandaise. Cela a toujours été le cas chez les nationalistes, en revanche, ce qui est vraiment intéressant, c'est qu'il y a maintenant un engouement chez une partie des protestants pour cette langue. Donc il y a des écoles, notamment une école primaire créée dans un quartier très protestant, voire loyaliste de la ville de Belfast, très fréquentée, avec une longue liste d'attentes, avec des personnes d'ascendance protestante qui, eux aussi, voient que ça fait partie de notre héritage pour comprendre notre écologie et notre passé".

Grand Reportage
58 min

L'équipe