“New York-Miami” : à l'origine des comédies romantiques

"New York-Miami", la première comédie romantique du cinéma en 1934
"New York-Miami", la première comédie romantique du cinéma en 1934
La première comédie romantique au cinéma
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“New York-Miami” : à l'origine des comédies romantiques

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“Pretty Woman”, “The Holliday”, “Ce que veulent les femmes”... Ces comédies romantiques cultes n’auraient peut-être jamais vu le jour sans ce film. “New York-Miami”, réalisé en 1934 par Frank Capra, pose les bases du genre au cinéma.

Vous les avez vues une bonne dizaine de fois, pourtant chaque fin d’année, c'est un petit plaisir que vous vous offrez. “Le défi pour un créateur de comédie romantique c’est que non seulement tout le monde connaît la fin mais que tout le monde a vécu sa propre comédie romantique”, soulève Marianne Lévy, journaliste et co scénariste de comédies romantiques.

Dans “New York-Miami”, on suit l’histoire d’Ellie Andrews, incarnée par Claudette Colbert. La jeune héritière échappe à l’emprise de son père milliardaire qui ne veut pas qu’elle épouse un playboy sans avenir. Dans sa fuite, elle rencontre Peter Warne, joué par Clark Gable, un journaliste en mal de scoops. Après plusieurs péripéties - bien sûr - ils tombent amoureux.

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"New York Miami", la première comédie romantique de l'histoire du cinéma
"New York Miami", la première comédie romantique de l'histoire du cinéma
© Getty

On est dans les années 1930,  Frank Capra est un réalisateur encore peu connu. Il trouve cette nouvelle dans la salle d’attente chez le coiffeur et décide de l’adapter en film. Des producteurs aux acteurs, personne n’est convaincu par le projet. Mais le film voit le jour grâce à la persévérance du réalisateur.

La recette du succès en trois ingrédients

C’est finalement un succès puisque le film remporte cinq Oscars en 1935 dont celui du meilleur film. Une première pour le cinéma à  Hollywood. “New York Miami” devient une référence et ce grâce à plusieurs ingrédients qu’on retrouvera dans les comédies romantiques des années 1990.

D’abord, on suit deux personnages que tout oppose. Ellie Andrews vient d’un milieu très riche - elle s’échappe non pas d’une tour mais d’un yacht - alors que Peter Warne est l’archétype du journaliste pauvre et en manque de reconnaissance. Ce schéma de différenciation sociale on le retrouve dans “Pretty Woman”. Où l’on suit Julia Roberts dans le rôle de Vivian Ward, une escorte girl et Richard Gere dans celui d’Eward Lewis, le riche milliardaire.

Ensuite, on joue sur les contretemps. Un personnage aime alors que l’autre n’aime pas encore. Peter passe à côté de l’amour d’Ellie pendant tout le film. Comme dans "Love Actually", où Mark est secrètement amoureux de Juliet et ne lui avoue qu’à la fin dans cette scène culte.

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Le troisième ingrédient, c’est une dynamique entre les sexes plus ambiguë qu’elle ne paraît au début. Dans cette célèbre scène, Peter Warne fait une leçon d’auto-stop à Ellie Andrews. Ce mansplaining avant l’heure est renversé par l’actrice qui prend les choses en main ou plutôt en jambe. Un geste qui témoigne une certaine volonté de s’affranchir des codes de l’époque.

Censure, amour et humour

Frank Capra propose une nouvelle manière de traiter des relations amoureuses sur grand écran. “Dès l'origine, la comédie romantique est extrêmement subversive, elle fait bouger les lignes et les grands cinéastes de l'époque s'emparent de la comédie romantique pour faire passer un vent de liberté à une période où, justement, la liberté des créateurs est très réprimée”, précise Marianne Lévy.

C’est le fameux code Hays. Une sorte de charte des bonnes mœurs à respecter pour qu’un film puisse être diffusé. C’est comme ça que naît la “s crewball comedy” pour “comédie loufoque”, l’ancêtre des comédies romantiques. Un genre burlesque et hérité du cinéma muet.

Résultat : Frank Capra imagine des scènes comiques pour ajouter une dose d’érotisme et de sensualité. Le sexe n’est que suggéré pourtant il est identifiable à l’écran, “Clark Gable et Claudette Colbert sont obligés de partager une chambre d'hôtel et une couverture sépare les deux lits. Et en fait, cette couverture, on peut la voir comme une parodie de la censure”, détaille l’experte.

La scène dans le motel où les deux personnages sont séparés par une couverture, symbole de la censure
La scène dans le motel où les deux personnages sont séparés par une couverture, symbole de la censure
© Getty

Car la comédie romantique est en fait un genre plus politique qu’il n’y paraît. Et ça, Frank Capra l’a compris dès le début : un sujet en apparence léger peut interroger des normes sociales. Surtout quand il est question de relations amoureuses. Ce genre s’est attaqué au caractère normatif de la société, “tout ce qu'on nomme aujourd'hui dans notre intimité, comme le polyamour, comme la femme puissante, comme la masculinité toxique, l'âgisme, tous ces sujets existent dans la comédie romantique qui s'en est emparée depuis longtemps”.

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Dans les années 1990, deux scénaristes, Nora Ephron et Nancy Meyers revisitent le genre des comédies romantiques avec un œil plus féministe. La scène de simulation d’un orgasme, devenue culte rend enfin visible la jouissance féminine à l’écran.

Aujourd’hui ce n’est plus sur les écrans de cinéma que les comédies romantiques trouvent leur public. Mais sur les plateformes de streaming. À l’été 2018, 53% des abonnés de Netflix dans le monde avaient regardé une comédie romantique.

Et la plateforme a d’ailleurs bien compris le filon, puisqu’elle a investi en 2023, 130 millions de dollars pour produire “Paris Paramount”, une comédie romantique au casting XXL. Et pour le scenario, ils ont bien sûr fait appel à celle qui règne depuis des années sur le genre : Nancy Meyers. Les “roms-coms” ont encore de belles années à vivre.