Un mystérieux film tourné en Amazonie disparu retrouvé presque 100 ans plus tard

Silvino Santos, réalisateur de films documentaires
Silvino Santos, réalisateur de films documentaires
Un mystérieux film tourné en Amazonie disparu retrouvé presque 100 ans plus tard
Publicité

Un mystérieux film tourné en Amazonie disparu retrouvé presque 100 ans plus tard

Par

Un long-métrage retrouvé à l'automne 2023 est en fait un des premiers films tournés en Amazonie en 1918. Il avait disparu depuis près d'un siècle.

C'est l’un des tout premiers films tournés en  Amazonie, en 1918. Un film mythique qui avait disparu depuis près d’un siècle et qui vient juste de refaire surface par hasard.

Pour Sávio Stoco, spécialiste de l’œuvre de Silvino Santos, "c’est sans doute l’un des premiers grands films sur cette région. Grand à la fois en termes d’ambition, mais aussi en termes de durée." Amazone, le plus grand fleuve du monde – c’est son titre – est un témoignage unique d’un peu plus d’une heure qui montre à quoi ressemblait la vie dans la jungle il y a un siècle.

Publicité

Derrière la caméra, Silvino Santos jeune photographe et réalisateur portugais alors âgé d’une trentaine d’années, installé au  Brésil. Santos a notamment réalisé des reportages photo, commandés par des compagnies d’exploitation de caoutchouc.

Le film affiche une certaine ambition ethnographique : il montre des rituels traditionnels des tribus autochtones huitotos et des dessins précolombiens gravés sur la roche. Mais il montre aussi le potentiel d’exploitation énorme des ressources de la forêt et la manne économique qu’elle représente : exportation de bois, commerce de peaux d’animaux, vente d’oiseaux rares, chasse aux lamantins et surtout le commerce du caoutchouc, issu de l’hévéa.

À voix nue
28 min

Une véritable "fièvre du caoutchouc"

L’Amazonie est touchée à cette époque par une véritable fièvre du caoutchouc. Des entreprises emploient de force les Indiens huitotos pour récolter le latex dans des conditions terribles. Ce qui conduit à un effondrement de leur population, réduite à quelques milliers d’individus dans les années 1920.

Tout un pan de l’histoire que Silvino Santos préfère ne pas montrer dans son documentaire, afin de ne pas nuire aux intérêts des entreprises sur place.

Sávio Stoco rappelle que cette histoire était à l’époque très documentée. "Dans les médias au Brésil et à l’étranger. La manière dont Silvino Santos filme ces indigènes est 'pacifiée' et élude cet aspect. Il les filme en train de préparer une grande fête, comme si le conflit n’existait pas."

Silvino Santos passe trois ans au cœur de la jungle, dans cette zone entre le Pérou et le Brésil. Après le tournage, il confie la pellicule à un associé, Propercio de Melo Saraiva, qui l’emmène en Europe pour montrer le film. Mais en cours de route, son associé le trahit et s’approprie le film.

Sávio Stoco explique que pendant son séjour en Europe, "il s'est fait passer pour le cinéaste et a commercialisé le film illégalement. Nous avons des traces dans la presse anglaise et française, indiquant qu'il était associé et réalisateur de ce film. Et puis Gaumont a commencé à distribuer ce film."

À écouter : Sauvons les bobines !
La Grande table d'été
1h 14

Perdu pendant près d'un siècle

Le film disparaît au cours des années 1930 après quelques années d’exploitation, au grand regret de son vrai réalisateur, qui meurt en 1970 sans l’avoir revu. Le long-métrage est finalement retrouvé par hasard en 2023 dans les archives nationales à Prague. Il avait en fait été mal référencé et identifié par erreur comme un documentaire américain des années 1930.

Ce film d’une grande valeur historique montre aussi une biodiversité foisonnante, qui s’est amoindrie en un siècle.

Sávio Stoco rappelle que l'État du Pará a opté pour une loi novatrice "visant à protéger deux espèces d'oiseaux, qui a été mise en œuvre entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Mais cela est très spécifique et concerne les hérons et les guarás (ibis). Tous les autres animaux n'étaient pas protégés. Au Brésil, la première loi de protection de l'environnement a été promulguée en 1967, puis bien plus tard que le film."

Le Journal des idées
5 min